LA CRISE BURUNDAISE DEPUIS 1993 ET SES CONSÉQUENCES

Dans la nuit du 20 octobre 1993, la population de la ville de Bujumbura est réveillée par les coups à l'arme lourde. Le matin ; chaque personne est curieuse de savoir de quoi il s'agit à travers la radio mais malheureusement la radio nationale est fermée.
A travers, les radios étrangères au début et après la radio nationale burundaise, la nouvelle circule. C'est le coup d'Etat suivi d'assassinat de quelques hauts dignitaires {Président de la République (Melchior NDADAYE), Président de l'Assemblée Nationale, Vice-Président de l'Assemblée Nationale, Le Patron des Services de renseignement, Le Ministre de l'Intérieur et quelques autres autorités} récemment entrés en fonction suite aux premières élections démocratiques au Burundi. C'est le coup d'envoi de la crise que vit le pays jusqu'alors. Après cet événement, des massacres de populations civiles sont opérationnels dans quelques localités de l'intérieur du pays. Les écoles à régime d'internat se sont vus vider des élèves qui se suspectaient les uns les autres. Avec cela, une partie de a population commence à se mettre ensemble dans des centres urbains autour de ce qui sera appelé ensuite les camps des personnes déplacés, une autre partie se cache dans les buissons et celle-là est appelée population dispersée tandis que d'autres sont contraints de se réfugiés dans les pays frontaliers au Burundi (Rwanda, Tanzanie et Congo).
Quelques jours après l'assassinat des dignitaires, les funérailles officielles sont organisées et les hauts dignitaires sont enterrés dans l'ancien palais royal du 1er novembre.

Viennent alors les discussions entre les leaders des partis politiques pour tenter de remettre en place les institutions décapitées. Les premiers pourparlers aboutirent à remettre en place le bureau de l'Assemblée Nationale dont les membres et tous les députés seront par la suite chargés d'élire le Président de la République qui lui aussi est demandé d' instaurer le Gouvernement. De ce fait, le Ministre de l'Agriculture (Cyprien NTARYAMIRA) du Gouvernement déchu est élu Président de la République avec autour de lui un cabinet qui n'aura pas de succès surtout que la crise à l'intérieur du pays et dans la capitale commence à s'empirer.
Avec le début de l'année 1994, quelques quartiers de la ville connaissent la fuite de leurs habitants suite à un fait qui est communément appelé balkanisation des quartiers de la ville {des hutu vivant dans des quartiers majoritairement tutsi (Ngagara, Cibitoke, Musaga, Nyakabiga) fuient leur demeure pour aller vivre dans des quartiers majoritairement hutu (Kamenge, Kinama) tandis que des tutsi des quartiers à prédominance hutu sont obligés à leur tour de quitter leur logis soit pour aller dans des camps de déplacés établis dans la capitale ou dans des quartiers dits tutsi}. C'est là le vrai début des règlements de compte avec l'arrestation suivi de massacres au grand jour perpétrés par des groupes de jeunes organisés autour des bandes dans leurs quartiers respectifs. Les massacres se font soit à l'aide des machettes, des coups de pierres, des gourdins, des brûlures de pneus enroulés autour du corps du candidat à la mort. Parallèlement à ces actes de violences, l'intérieur du pays est aussi agité avec le même scénario. On constatera la participation de quelques forces de l'ordre dans des actes de violence en essayant de soutenir les bandes de jeunes tutsi, et de l'autre côté, des bandes de jeunes hutu commencent à s'organiser dans les quartiers Nord de la ville avec quelques armes individuels. Ces jeunes s'affronteront quelques fois avec les militaires de l'armée gouvernementale qui décide de son côté de recourir aux armes lourdes (obus de mortier, blindés, …). Ces affrontements obligent à maintes reprises les habitants des quartiers à prédominance hutu à fuir vers les collines surplombant la capitale ou dans des pays frontaliers au Burundi et surtout au Congo. Des opérations villes mortes pour protester contre les institutions (refus d'une quelconque autorité deviennent monnaie-courante) dans la capitale empêchant les fonctionnaires de prester comme d'habitude et la plupart des fois la population civile périt dans ces opérations.

Au mois d'avril 1994, alors que le Président NTARYAMIRA venait d'Arusha (ville de la Tanzanie) où il avait participé avec ses homologues de la région des grands lacs à la signature des accords de paix d'Arusha pour le Rwanda rentrait avec le Président HABYALIMANA du Rwanda l'appareil les transportait est abattu l'aéroport de Kanombe (Kigali-Rwanda). Avec cet événement de plus, d'autres discussions devraient se passer entre les leaders des partis dits de la mouvance et ceux des autres dits de l'opposition. C'est dans ce contexte que l'ancien Ministre des Relations extérieures (Sylvestre NTIBANTUNGANYA) sera élu par l'Assemblée Nationale au poste de Président de la République.
La gestion du pays pendant sa période de Président de l'Exécutif sera la plus difficile suite à des grèves de fonctionnaires refusant telle ou telle autre autorité, des grèves d'étudiants de l'Université du Burundi, des manifestations de fonctionnaires et de jeunes majoritairement tutsi qui réclamaient à tout prix le départ du Président, des massacres de grande envergure dans des localités de l'intérieur du pays {Butezi (Province Ruyigi à l'Est), Teza (Province Muramvya au Centre-Ouest)}. Le plus grand problème pour lui sera la mésentente avec son Premier Ministre Antoine NDUWAYO avec qui ils divergeaient sur quelques dossiers entre autres la question de la rébellion hutu, la venue d'une force internationale de maintien de paix à tel point qu'il s'est fait que le Président et son Premier Ministre ont participé au Cameroun dans une réunion, le premier avec invitation et le second sans invitation. Ce n'était pas le problème unique parce que l'armée dominée par les tutsi, l'élite tutsi accusaient Monsieur NTIBANTUNGANYA de soutenir la rébellion qui était considéré comme auteur des massacres perpétrés à l'intérieur du pays. L'ultime action sera le massacre de Bugendana (Province Gitega au Centre du pays) où des centaines de gens ont péri. Alors que le Président de la République s'apprêtait à se déplacer pour participer aux obsèques, les alentours de sa garde lui confirmaient que la sécurité n'était pas sûre sur les lieux et que le mieux était de laisser tomber ce voyage. Malgré tout, il n'hésita pas d'y aller et arriver là, la population commença à crier contre lui jusqu'à lui jeter des cailloux et la boue. Très rapidement il descendit à bord de son hélicoptère jusqu'au palais présidentiel où le message provenant de l'Ambassade des Etats-Unis à Bujumbura lui confirma qu'il était en danger et qu'il était mieux de se réfugier à la résidence de l'Ambassadeur des Etats-Unis.

C'était encore une fois le coup d'Etat et cette fois-ci le Président BUYOYA qui avait perdu les élections de juin 1993 faisait son retour au pouvoir avec le soutien de l'armée. Sans tarder l'embargo fut décrété contre le pouvoir en place et les affrontements entre l'armée et la rébellion ne cessaient de s'intensifier faisant des morts sur d'autres dans les milieux des populations civiles.
Avec toutes ces scènes au sein de la vie politique, des conséquences multiples ont frappé la vie du pays qui était jadis considéré d'être le pays du lait et du miel et la population civile a toujours été la première à subir sous plusieurs formes
Au niveau social, le constat est très alarmant: les familles ont vu leurs membres disparaître dans des conditions mélancoliques, la mortalité infantile est devenue très accablante surtout dans les milieux des personnes déplacées, des épidémies liées à la vie dans des lieux de forte concentration et surtout insalubre (choléra, dysenterie bacillaire, …). La propagation du VIH/SIDA suite à la promiscuité et au vagabondage sexuel n'a pas laissé intact et le peuple burundais dépendant généralement de l'agriculture s'est vu plongé dans la famine ou l'insatisfaction au niveau alimentaire, certaines personnes étant contraintes de ne pas accéder dans leurs champs soit parce qu'elles avaient peur de leurs anciens voisins ou soit parce que les lieux dans lesquelles elles cultivaient étaient devenus des champs de bataille entre l'armée régulière et la rébellion burundaise. A part cela, des familles se sont aussi retrouvées dans l'incapacité de payer les frais pour leurs enfants en âge de scolarisation tandis que d'autres jeunes ont abandonné leurs études, soit par désespoir ou manque de moyens ou encore une fois parce qu'à une certaine période une véritable chasse à l'homme s'est manifestée dans différentes écoles du pays. Cela faisant, des mineurs hutu ont opté pour l'intégration dans la rébellion et ceux de l'ethnie tutsi dans l'armée alors que d'autres ont décidé de s'organiser dans des bandes qui exécutaient de maux de tout genre (cambriolage, viol des filles, vol à mains armées, consommation des stupéfiants, …). Et des enfants de très bas âge voire même des adultes sont devenus des mendiants dans presque tous les centres urbains du pays allant jusqu'à passer la nuit sous la belle étoile.

Dans le domaine économique, la vie s'est endurcie avec la montée vertigineuse des prix de produits de première nécessité (le haricot, le riz, la farine de manioc, du poisson, la banane … qui sont des denrées consommées très souvent par la population), la hausse du prix de boissons (bière, limonades), la hausse du prix des carburants qui est toujours allée de paire avec l'augmentation des prix au niveau de la locomotion tant en ville qu'à l'intérieur du pays.
Au niveau sanitaire, les produits pharmaceutiques ont eux aussi augmenté de prix alors que par exemple le paludisme et d'autres maladies ne cessait de faire rage jusqu'à arriver à la hauteur d'une épidémie.
Au niveau éducatif, la baisse du niveau de réussite s'est aussi fait remarquer. Cela selon les spécialistes et les cadres du ministère de l'éducation burundaise étant liée au manque des enseignants qualifiés. Et les élèves ont progressivement relâché dans leurs activités quotidiennes de révision des notes, les uns passant un petit moment à l'école (une ou deux heures) pour ensuite déambuler dans les rues, cela pour les élèves de la capitale. Toujours au titre de l'éducation, quelques élèves sont arrivés à menacer leurs professeurs jusqu'à les éliminer physiquement en leur obligeant de donner des points gratuits. Et encore plus les étudiants des universités n'ont pas cessé de se mêler malicieusement à la vie politique en émettant des souhaits non fondés justes pour soutenir telle ou telle autre idéologie sous injection des acteurs politiques.
Il est aussi utile de relever l'insécurité qui est devenue permanente dans la vie des gens suite aux attaques qui se produisent dans les coins du pays (les unes de la part de l'armée gouvernementale, d'autres de la part de la rébellion qui tend des embuscades sur les axes routiers principaux) sans oublier des guet-apens nocturnes où la population se voit dérobée de ses biens et même tuée pour rien.
En bref, les conséquences de la crise qui dure bientôt dix ans restent toujours sur place et la population continue à subir.

Toutefois un peu d'espoir est visible au sein de la population burundaise. En effet, après de nombreuses tractations dans la vie politique du pays (la convention de gouvernement qui avait amené NTIBANTUNGANYA à la magistrature suprême et la plate-forme politique initiée par Major BUYOYA, actuel Président de la République), le Burundi a connu et connaît toujours un processus de paix qui n'est pas encore à terme. Qu'est-ce que le processus de paix d'Arusha ? Alors qu'il venait de renverser le régime de NTIBANTUNGANYA, le Major BUYOYA a dans son discours-programme promis au peuple burundais qu'il allait mener des négociations avec les partis politiques et la rébellion. C'est dans cette optique qu'ont commencé les pourparlers de paix d'Arusha sous le parrainage de l'ancien Président de la Tanzanie, Mwalimu Julius Kambarage NYERERE. C'est un processus qui a connu de nombreuses rencontres du fait qu'il a été difficile de rassembler tous les acteurs de la vie politique burundaise et surtout qu'il était fréquent que quelques invités boycottent les rencontres. A cet effet, tous les partis politiques burundaises ont eu l'occasion de mener des discussions autour de deux groupes qui sont nés à l'issus de ces longues négociations {le groupe des sept (G7) qui comprenait les partis politiques qui se disaient les forces de changement démocratique et qui sont d'obédience hutu et le groupe des dix (G10) qui renfermait les partis politiques d'obédience tutsi}. Alors que les négociations tendaient vers leur fin, Mwalimu NYERERE le médiateur dans le conflit burundais est décédé des suites de maladie. Avec cette disparition, le peuple burundais a désespéré en attendant la désignation d'un autre parrain dans les pourparlers d'Arusha. Après quelques mois, l'ancien Président Sud-Africain Nelson MANDELA a été désigné à la succession de NYERERE et sans tarder, le nouveau médiateur a invité les politiciens burundais à signer les conclusions des discussions qui ont été appelées " ACCORD D'ARUSHA " et ce dernier a été paraphé en date du 28 août 2000 en présence de nombreux invités {(le Secrétaire Général des Nations Unies, le Président des Etats-Unis à travers la participation numérique, quelques patrons des diplomaties occidentaux, des autorités au sein des organisations panafricaines (OUA), et quelques Présidents des pays de la région des Grands Lacs (MUSEVENI de l'Uganda, KAGAME du Rwanda, Daniel Arap MOI du Kenya et d'autres Présidents des pays africains à l'exemple de celui du Nigéria, le Général OBASANJO)}. Les textes des accords stipulaient la répartition des places dans les institutions du pays (sièges à l'Assemblée Nationale et au Sénat, porte-feuilles ministérielles au sein du Gouvernement, les quotas dans l'armée, dans postes des organes gouvernementaux et dans les grandes entreprises du pays). Il est très important de signaler qu'il y a des représentants des partis politiques qui ont refusé au départ de signer le texte des accords en avançant des raisons comme quoi ils n'avaient pas encore terminé de discuter sur quelques points. C'est alors qu'après des entrevues dans les coulisses, la quasi-totalité a signé, certains avec des réserves. Trois partis ont refusé de signer mais ils l'ont fait tout de même quelques jours après. La signature n'a pas du tout été synonyme ni de fin des hostilités ni fin des pourparlers ni mise en place des institutions de transition du simple fait certains groupes non négligeables (les rebelles du FNL, Front National de Libération et les FDD, Forces pour la Défense de la Démocratie) qui n'ont pas participé dans les phases du processus et qu'il y a eu des mésententes à l'intérieur des familles politiques sur quelques clauses des institutions transitoires. Enfin au début du mois de novembre, la mise en place des institutions a eu lieu en commençant par l'exécutif qui a vu un Président tutsi et un Vice-Président hutu, ensuite l'Assemblée Nationale et le Sénat. Toutefois, la médiation a entamé de nouvelles phases de négociations avec ces groupes qui se déroulent sous l'égide du Ministre Sud-Africain des Affaires Etrangères. Et avec ces pourparlers, le peuple burundais en espère la cessation des combats qui opposent très souvent l'armée et la rébellion et qui ne cessent d'emporter la vie de la population civile.

Guillaume Harushimana