LA FEMME EN AFRIQUE

Une fille vient me trouver pour me demander un conseil.

- Je ne sais plus quoi faire : papa refuse de continuer à me payer les frais de scolarité
- Pourquoi ?
- Il dit qu'il a déjà fait beaucoup de sacrifice en me payant l'école jusqu'à ce niveau et qu'il est temps que je me marie et fonde une famille. Le reste, c'est mon mari qui s'en chargera.
- Ah ! …Et ta mère dans tout ça ?
- C'est grâce à maman que je suis arrivée là où je suis et j'ai l'impression qu'à cause de moi, elle a subi beaucoup de misère de la part de toute la famille de papa.
- Y-a-t-il quelqu'un d'autre qui étudie dans ta famille ?
- Seulement mes petits frères et sœurs en primaire. Mon frère aîné, lui, a abandonné et travaille comme taximan…

Voilà…, de nos jours dit … "civilisés", les réactions de certains, encore sous le poids de la tradition où le " statut " de la femme dépend de l'homme (père ou mari) ! Ce père-là ne manque pas de moyens, mais il se dit fatigué, il dit avoir dépassé les normes de patience et de dépenses pour la scolarité de sa fille qui finalement s'en ira "se dissoudre" dans une autre famille après son mariage. La pauvre mère, doit-elle continuer ou non à soutenir sa fille ? Quel est le rôle de la famille (les autres membres) et celui de la société dans cette affaire ?

Nous vivons encore dans des milieux où on recourt à des proverbes, des contes, des chansons et autres propos de la coutume pour justifier la discrimination de la femme. Un autre propos courant qui se dit, c'est " la femme est sortie de la côte de l'homme " ; donc, elle est inférieure. (Je demande à toutes les femmes mariées de regarder dans le flanc de leurs maris pour trouver le trou d'où elles sont sorties parce que depuis Adam et Eve, je ne suis pas au courant d'aucun autre fait de ce genre).
Même dans certaines familles d'intellectuels, l'éducation est différente entre un petit garçon prédestiné à être chef et une petite fille à obéir. En grandissant, certains garçons se donnent même le pouvoir sur celles qui leur ont donné la vie : leur mère ! En plus, les propos souvent injurieux, indiscrets ou sexistes que se lancent les parents ou d'autres adultes devant les oreilles attentives des enfants. Par exemple, dans nos familles, quand un enfant s'est mal conduit, le papa dit souvent "c'est comme ta mère" ou "ce défaut vient de ta mère, pas de moi". D'habitude, dans la famille, ce qui va, revient au père et ce qui ne va pas revient à la mère.
Ceci ne veut pas dire que la femme est un être sans défaut, loin de là, c'est une personne avec sa personnalité propre, ses qualités et ses défauts ; c'est dans ce sens qu'elle doit être considérée dans son milieu.

La femme est le pilier de la famille et partant de la société. Ce qui veut dire qu'elle a une place de choix dans la société. Tous les rôles qu'on lui attribue : (prendre soin de la maison et de ses composants, donner naissance et éduquer les enfants, entretenir les relations dans la famille et dans la société,…) devraient lui donner une certaine considération personnelle, un prestige, mais tout le mérite de son dévouement revient au mari. Quelquefois, la femme sert de catalyseur aux frustrations et aux complexes du "sexe fort" Par exemple, on dit parfois " si un homme arrive chez lui et bat sa femme, même si lui-même ne sait pas pourquoi, sa femme le sait " ou "les femmes aiment être battues pour se sentir aimées ".
Les coutumes ont donné à l'homme la permission de mal se conduire : ivresse, polygamie, débauche, mauvais traitements aux membres de sa famille, etc.. etc…
Si la femme essaie de protester sur l'une ou l'autre écart de conduite de son mari, celui-ci la menace de renvoi chez ses parents. Je me souviens d'un type qui disait un jour à sa femme : " je fais ce que je veux de mon argent parce que c'est moi qui le gagne. Si tu n'es pas contente, va-t-en ! Les femmes, je peux en avoir tant que je voudrai ; il suffit que j'aille à un carrefour ou au marché et faire un signe 'clac' : des dizaines de femmes de toute forme et de tout âge me tomberont dans les bras." Tout cela parce la femme lui reprochait de gaspiller le salaire sans avoir payé le loyer et la scolarité de ses enfants.
Combien de souffrances et d'humiliations la femme supporte ainsi parce qu'en se mariant, elle perd sa place dans sa famille d'origine. Si elle veut y retourner, elle est considérée comme une intruse et se fait renvoyer illico chez son mari avec comme conseil "ça a toujours été comme ça ", ce qui veut dire " quoi qu'il arrive, tu dois tout supporter". Il faut quand même rappeler qu'il y a des femmes qui mènent la vie dure aux gens de leur entourage ; heureusement, elles ne sont pas légion !
La femme est restée tenue dans l'ignorance pour accentuer sa dépendance, belle manœuvre pour qu'elle reste dans son coin sans réagir ; ainsi une majorité de femmes est analphabète et ignorante. On trouve même certaines femmes qui défendent encore avec acharnement la soumission traditionnelle et culturelle de la femme : participant dans un séminaire où il était question d'introduire la femme dans les institutions de justice dans les collines, une femme, intellectuelle s'est exclamée : " comment voulez-vous qu'une femme, avec un enfant au dos prenne la parole au milieu d'un groupe d'hommes ?" Et à une autre femme de lui rétorquer : " pourquoi as-tu pris la place de ton mari dans ce séminaire ? ".
" Nul n'est plus avocat de sa cause que soi-même ". Beaucoup d'opportunités se présentent à nos jours et que les femmes doivent saisir au vol. On dit parfois qu' "à toute chose, malheur est bon". Dans nos pays en guerre, la femme a dû faire face à des problèmes multiples, les hommes étant soit au combat, soit en fuite. Elle est devenue chef de famille et s'est battue pour la survie de ses enfants et des autres membres de sa famille dans l'incapacité : vieux, malades, infirmes, … Elle a été la première à engager le dialogue entre ethnies différentes et a été obligée d'accomplir les travaux généralement réservés aux hommes. Elle a beaucoup travaillé pour la réconciliation et la réinstallation.. La femme a démontré sa capacité et son courage devant les difficultés. Aujourd'hui, la femme a besoin de s'affirmer pour se faire apprécier à sa juste valeur. Comme on dit " l'union fait la force ", toutes les femmes doivent s'unir, agir, se soutenir pour rehausser leur statut mais sans oublier le concours des hommes. Ainsi l'égalité et l'harmonie règneront dans une société plus juste où sera accompli l'article 1 des Droits de la Personne Humaine qui stipule : " tous les êtres humains naissent libres et égaux ".

 

Dona Mabonge
Animatrice Centre Jeunes Kamenge