Veillée de prière pour Victor

Homélie de Mgr Simon Ntamwana

Chers Frères, chères soeurs,

Ces mots ne seront pas variés.

Car, effectivement, le Père Victor, notre Frère, Kaka Victor, n'était pas varié. Oui, très varié, comme toute personne, dans ses paroles, dans son humour, dans son humeur, mais toujours, autour de l'essentiel:

Il a aimé.

Quand les Pères Xavériens sont venus m'apprendre, en 1989, leur projet de donner un coup de main à l'évêque de Bujumbura, j'avais d'autres idées en tête, je pensais qu'ils allaient me fonder une autre paroisse, ici en ville ou dans les collines. Mais après beaucoup d'échanges, ils m'ont révélé un rêve qui était le mien aussi: l'Amour des jeunes.

Et quand nous avons jeté un coup d'oeil sur la jeunesse de la ville et de tous le diocèse, quelque chose est allée vers vous: Jeunes de Kamenge, de Cibitoke, de Kinama, de Ngagara.

Pendant longtemps, il vous a manqué quelque chose et, peut-être, les drames que nous avons vécus ces derniers temps sont dus à ce manque, et il fallait finalement le récupérer, le gagner.

C'était un manque à gagner. Et quel était ce manque?

C'était tout simplement l'Amour. L'Amour entre vous. L'Amour entre vous et Dieu. Voilà ce qu'il vous manque. Et il fallait quelqu'un qui puisse vous le proposer de nouveau. C'est ici que prend naissance notre Centre.

L'équipe qui allait monter ce projet m'a dit: "Nous venons pour aimer les jeunes de Kamenge, de Cibitoke, de Ngagara, de Kinama, de Mutakura, de toute la ville même de Bujumbura. Et nous venons leur apprendre à aimer. Aimer Dieu. S'aimer entre eux. Pour qu'ils deviennent pleinement des hommes et des femmes dignes du nom de Jésus."

Vous savez, on m'avait proposé une autre image du Centre. Un autre ami m'avait dit: "Peut-être, créons des ateliers." Mais en regardant le milieu ou allait se trouver le Centre, nous nous sommes dit: "Ces jeunes-là ont déjà beaucoup de petits ateliers à droite, à gauche, dans ces quartiers périphériques, ils ont peut-être besoin d'un autre atelier qui n'est pas du tout fréquent: C'est l'atelier d'Amour".

Nous nous sommes mis d'accord pour que des jeunes comme vous viennent à l'école de l'Amour, refassent leur vocation d'hommes et de femmes. Et leur vocation d'hommes et de femmes, c'est d'aimer.

Votre vocation est d'aimer.

Voilà pourquoi dans l'équipe qui a commencé ce Centre, figure le Père Victor; car il a tout simplement été le "Maître à Aimer", le maître qui a vraiment transformé ce quartier. Le Père Victor a été pour vous tous une vraie source d'Amour.

On dit qu'il a aimé le Livre du Cantique des Cantiques plus que tout autre Livre de la Bible. C'est qu'il avait été touché par l'essentiel du message contenu dans ce livre: Aimer. Aimer l'être aimé. Aimer l'être qui vous aime. Et qui est?

C'est Dieu. C'est ton prochain.

Le Père Victor arrive pour que finalement commence cette petite étincelle dans ce coin. Ce terrain, nous l'avions acquis dès le début de Bujumbura. Et la ville vient de fêter ces 100 ans, l'année dernière. Vous pouvez donc imaginer combien de temps ce terrain est resté pour recevoir sa semence la plus précieuse de la part de ce Père qui a été le Père spirituel du Centre.

Un deuxième témoignage à l'intérieur de ce que je ressens, c'est un petit mot qu'il me disait presque à chaque fois que je lui téléphonais. Il me disait: "Je suis là pour toi, Simon. Je suis là pour le Centre."

Vous l'avez connu plus longtemps que moi et de plus près que moi. Mais, j'ai pu voir et constater qu'il a été là pour vous.

Etre là pour toi, qu'est que cela signifie? C'est à dire, être disponible pour toi, qui que tu sois.

Je regrette le vilipendage de ceux qui avaient pensé que le Centre excluait des personnes. Ce n'était pas dans le coeur des Pères qui sont ici. Et ce n'était pas dans le coeur des jeunes qui partaient d'ici. Je peux en témoigner.

Je regrette les sales paroles que l'on entend un peu partout en ville à propos du Centre. Car le Père Victor y a inscrit quelque chose d'indélébile: "Etre là pour toi."

Disponible pour servir, disponible pour aimer, pour tout donner. Pour nous tous.

Du matin au soir.

Nous savions déjà les faiblesses de santé du Père, nous les connaissions.

Le Père Victor était là toutes les minutes, même en désobéissant à sa propre santé qui était faible.

L'avez-vous vu un seul instant assis à ne rien faire? L'avez-vous vu, interpellé par votre jeunesse, resté en arrière? Moi, je ne l'ai jamais vu.

Les quelques fois que je l'ai vu vivre les célébrations avec vous, je l'ai trouvé dans les locaux de ce Centre tout nouveau, au milieu de vous en train de glaner votre nourriture. Il savait le faire. Jamais je ne l'ai vu un seul instant se détourner de vous.

Il a été là pour nous.

Souvent, je lui demandais un petit service à l'improviste et lui, dans sa patience et sa grande créativité, il était là pour nous.

Je suis sûr, à voir ce que vous êtes devenus, à voir les amis qui, désormais, viennent au Centre, qu'il a été là pour vous.

Un dernier mois que j'ai partagé avec lui, que j'ai vécu avec lui.

Il aimait les jeunes pour les envoyer porter des fruits.

Il aimait d'abord approcher les jeunes pour leur parler de Jésus et leur montrer comment on peut partir avec Jésus. Il avait toujours voulu vous envoyer en mission. Il avait voulu vous envoyer porter des fruits et des fruits qui demeurent.

Il est beau de faire aimer ce qu'on aime.

Quand une mère prépare à manger à son enfant, elle en goûte pour lui faire apprécier. C'est ce que j'ai vu de la personne de Kaka Victor.

Il aimait Jésus et il voulait le faire aimer et il voulait faire de tous ceux qui venaient vers lui des apôtres, des disciples de Jésus.

Le Père Victor a été notre Kaka, il va maintenant devenir notre intercesseur.

Nous pouvons petit à petit redécouvrir ces grandes qualités de missionnaires, qui a consacré sa vie à Jésus, à vous les jeunes et tous les pauvres du monde, depuis qu'il est allé en mission.

Et tout simplement lui dire: "Cher Victor, tu as été un signe, un symbole de sainteté, d'Amour de Dieu." Nous pouvons le prier.

Je pense que nous avons le droit et le devoir de lui dire notre gratitude en demandant au Seigneur qu'il prie intensément pour nous, afin que ce Centre devienne la fleur fine de l'apostolat, de la pastorale au milieu de vous les jeunes.

Il le fera, il était convaincu. Il aimait ce Centre et il ne va pas le laisser tomber.

Il ne va pas cesser de nous aimer.