Panafrica, n° 9 du 15/10/97

"ENSEMBLE POUR BATIR UN MONDE DE FRERES"
L'inscription est bien visible à l'entrée du Centre Jeunes Kamenge au milieu de graffiti appelant à la paix et à la réconciliation en plusieurs langues. Situé, comme son nom ne l'indique pas, en zone Cibitoke, aux confins de Ngagara et Kamenge, et à moins de 400 m de la zone Kinama, le centre semble être conçu pour servir de lieu de rencontre privilégié pour les jeunes des quartiers Nord de la municipalité de Bujumbura. Du moins selon le Père Claudio MARANO qui regrette, cependant, que 2 ha ne soient pas assez suffisants pour abriter des infrastructures à même d' "occuper utilement" plus de 8.000 jeunes.

Bujumbura, 29 octobre 1997 (AIP)

Dans la salle polyvalente du CJK, un jeune homme, M. Adolphe Birehanisenge, apprend à d'autres jeunes à jouer à la guitare. Adolphe, "I'animateur" explique: "Ce groupe comprend ceux qui se connaissent à la guitare un peu mieux que les 2 autres. En effet, ils sont là depuis une année". Que gagne-t-on à être animateur, bénévole, au CJK"? L'amitié avec beaucoup de gens d'horizons divers mais aussi son épanouissement propre aussi bien sur le plan sportif qu'intellectuel dans la mesure où tout animateur a droit à toutes les activités du Centre" répond Adolphe, élève dans une école secondaire de la capitale burundaise. Plus loin, derrière une porte jalousement gardée par de nombreux jeunes se trouve le bureau administratif. Le Père Claudio Marano y accueille, tout sourire, les visiteurs : "Nous avons vu ce qu'aime le jeune; les films, la musique, le sport, la culture, apprendre quelque chose. Alors nous avons réuni toutes ces activités pour habituer les jeunes à vivre ensemble, à travailler ensemble". Et d'expliquer que le Centre est ouvert à tous les 14-30 ans, des quartiers Nord, à l'origine mais de pratiquement toute la ville aujourd'hui, sans distinction d'origine. Au fond du couloir, la salle de jeu a été littéralement prise d'assaut par plus de 50 jeunes qui n'ont d'yeux que pour les 10 tables de baby-foot et 4 autres de ping-pong. Les "joueurs" se concentrent pendant que les spectateurs et éventuels remplaçants assistent, pas toujours en silence, il faut le dire. L'ambiance est bon enfant, pour le bonheur du Père Marano: 'Voilà ce que nous avons voulu créer : une véritable amitié ou peut-être même une véritable complicité entre les jeunes malgré leurs différences". Plus haut, des bruits de pas se font entendre. Ce sont des jeunes qui descendent de la salle de projection de films vidéo, visiblement satisfaits. Bienvenu Muhirwa, l'un d'eux: "Aujourd'hui, il y avait un très bon film, "Body-Guard". Nous ne pouvons que remercier le centre qui nous offre de très bonnes occupations. Vous voyez, comme ça, ne nous adonnons pas à l'alcool ou à la drogue". Dehors, sur les terrains de basket-ball et de volley-ball, d'autres jeunes jouent, après la pluie qui "semblait décidée à gâcher cette journée qui s'annonçait, pourtant belle", selon Yves Lionel Nubwacu. Il fait partie des 4 encadreurs CJK dans les 4 zones Nord de Bujumbura. "Ici, nous combattons les grands maux urbains, à savoir le désoeuvrement et ses conséquences: la délinquance, l'alcoolisme, la violence, ..." dit-il avant d'ajouter "Mon travail, à moi comme à tous les 3 autres encadreurs, est de transporter en quelque sorte les activités du Centre dans les quartiers environnants, histoire de prendre contact avec les jeunes qui ne viennent pas ici". Selon toujours M. Nubwacu, les encadreurs CJK disposent d'un certain nombre d'instruments intellectuels et matériels: "Nous organisons des vidéo-forums (films suivis de débats), des conférences sur la paix animées par diverses personnalités, notamment lors des camps de travail des mouvements Scout, Xavéri et JSP (Jeunesse Solidaire Patriotique) que nous avons supervisés à Kamenge pendant les grandes vacances. Nous organisons aussi des tournois sportifs dans les 4 zones".

Un centre socioculturel rayonnant.

"Non seulement le CJK représente un centre socioculturel et sportif rayonnant mais aussi travaille d'arrache-pied pour le développement social des quartiers Nord de Bujumbura" affirme M. Nubwacu allusion à la reconstruction de Kamenge et aux projets de développement auxquels le CJK prend une part active : "Le centre fait tout pour trouver des financements pour les projets sociaux des 4 zones, en jouant les intermédiaires entre l'administration et la coopération internationale, notamment française et italienne. C'est dans ce cadre que chaque habitant de Kamenge qui revient a droit à 60 tôles, 2 portes et 4 fenêtres".
17 h, l'heure de clôture des activités régulières au CJK est proche. C'est le Père Claudio Marano qui l'annonce. Et pourtant... une bonne musique se fait entendre depuis l'étage. "C'est le cours d'italien que donne Mme Elisaveta Jordanova, une Macédonienne mariée à un Italien" dit-il. On monte voir, tellement la tentation est grande. La jolie dame salue, avec élégance. Le Père Marano, infatigable, explique : "Comme vous le voyez, nous faisons quelque chose d'un peu différent que ce que propose l'école classique. C'est pour attirer l'attention des jeunes, pour mieux leur apprendre. Nous utilisons des cassettes audio et vidéo, des diapositives, des tableaux projecteurs, ... Et pour l'italien, Mme Jordanova a choisi la méthode des chansons et textes pour étrangers qu'elle photocopie et distribue à ses "élèves", le tout suivi de discussions". En sortant, une jeune fille confie sa joie et son bonheur: "Mais vous ne pouvez pas savoir combien nous est utile ce centre. Il offre des possibilités immenses et gratuites à notre épanouissement. Ici, j'apprends et l'italien et l'informatique, et un tas d'autres choses introuvables ailleurs. Je fais aussi de la musculation sans oublier la lecture dans la bibliothèque qui nous ouverte à tous les inscrits. Encore une fois, merci à tous les promoteurs de ce projet".